Au-delà de la mythologie, la boxe raconte une aventure humai

Discussion autour de la boxe anglaise professionnelle
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leboxeur51100
Boxeur professionnel
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08 mars 2011, 17:45

Monter sur un ring de cinéma, même Charlot l'a fait. Magnifier les épreuves du boxeur avant sa gloire, et après sa chute, est l'un des scénarios préférés d'Hollywood. C'est la métaphore sportive rêvée pour figurer l'art d'encaisser et de se relever. "Ce qui est livré au public, écrivait Roland Barthes, c'est le grand spectacle de la douleur, de la défaite et de la justice." Au panthéon des grandes gueules cassées, la trogne têtue de Robert Ryan dans Nous avons gagné ce soir, de Robert Wise (1949), orgueil et punition de l'homme qui refuse de se coucher devant la pègre ; l'énergie positive d'Errol Flyn dans Gentleman Jim, de Raoul Walsh (1942), consacré à la carrière du cogneur James Corbett ; l'obstination de Paul Newman dans Marqué par la haine, de Robert Wise (1956), biopic de Rocky Marciano ; le KO encaissé par Anthony Quinn, le colosse Moutain Rivera terrassé par Cassius Clay, dans Requiem pour un champion, de Ralph Nelson (1962). Tant d'autres...

"Le plus beau des films sur la boxe, c'est Fat City, de John Huston (1972). Le film est juste, les acteurs ne sont pas hystériques, les personnages sont d'ailleurs des boxeurs de troisième catégorie. C'est plus facile d'interpréter un charlot qu'un champion du monde, comme le fit Robert de Niro dans Raging Bull. Avec brio certes : il a chopé quatre ou cinq gestes, et ça marche ! Mais je reproche à Scorsese sa complaisance. La vraie violence, ça va tellement vite qu'on ne voit rien. Le moyen le plus vulgaire pour la rendre visible, c'est le ralenti. Et Scorsese en abuse. On voit le sang gicler du visage !"

Qui parle ? Le romancier Frédéric Roux, qui a publié un Mike Tyson (Grasset 1999), signé un roman intitulé Ring (Grasset 2004), et enfilé lui-même les gants lorsque, engagé dans un mouvement para-situ et post-dada nommé Présence Panchounette, il s'est piqué d'organiser un championnat du monde de boxe des artistes. On le retrouve sur son blog : Red-Dog-pagesperso-orange.fr/.

Mythologie

Notre expert n'est pas tendre avec la série des Rocky ("Du guignol ! Stallone, comme tous les adversaires qu'il rencontre, est grotesque ! Dans la réalité, pour un seul des centaines de coups qu'ils se portent, t'es mort !").

Avoir pratiqué la boxe permet de comprendre l'enjeu du sujet, derrière la caméra - ce fut le cas de Stanley Kubrick, auteur du Baiser du tueur (1955), un thriller tournant autour du ring. Et d'avoir un jugement éclairé, côté spectateur. Frédéric Roux est allé voir pour nous Boxing Gym, le documentaire de Fred Wiseman sur une salle d'entraînement à Austin, au Texas. Et Fighter, de David O. Russell, que les Oscars viennent d'honorer.

"La boxe est un sport de cadences, de rythmes. Un-deux-trois, gauche-droite, gauche-droite, un-deux-trois-quatre, et on recommence..., tout est scandé, c'est une partition. Le temps est l'ennemi. C'est un travail à la chaîne, un sport qui a à voir avec des valeurs ouvrières, le travail à la chaîne."

Le film de Wiseman "montre ça assez bien. Il a compris que l'essentiel, ce n'est pas le combat mais le hors-champ. Huston montrait lui aussi que tout se passe à l'entraînement. Ce n'est pas triomphant, on se bat avec le chronomètre, la vie d'un boxeur est scandée comme ça : une minute, trois minutes, une minute, trois minutes... Wiseman filme l'horloge. Il rend compte du côté abrutissant, les secondes qui défilent".

La boxe ne signifie pas la même chose chez nous qu'en Amérique, où elle est valorisée, et au-delà de la mythologie, elle raconte une aventure humaine. "Une aventure qui recommence sans cesse, dit Roux. Une histoire de filiation. C'est parce qu'il fait le combat de trop que le règne du champion du monde s'achève, et qu'il est remplacé par celui qui l'a battu, lequel refera la même erreur dix ans plus tard, passant le flambeau à la génération suivante. Je n'aime pas quand Hollywood rajoute ses rédemptions finales à cette belle figuration de l'Histoire. De ce point de vue, le Million Dollar Baby de Clint Eastwood était affreux, avec son plan sur la croix quand l'héroïne meurt !"

Ce que Frédéric Roux a apprécié dans Boxing Gym comme dans Fighter, c'est leur caractère bienveillant. Leurs auteurs ont "le respect des gens qu'ils montrent. Wiseman regarde, sans rien souligner. Dans la salle où il a planté sa caméra, il y a des obèses, des Blancs, des Noirs, des latinos, des avocats, des chômeurs... toutes les catégories sociales, qui fraternisent quelques heures. C'est une métaphore du melting-pot. Il se contente de montrer. Il n'y a pas de jugement moral dans Fighter, ni condamnation du mauvais, ni béatification du bon, en dépit de sa morale très chrétienne. Question : pourquoi sommes-nous incapables de faire ça en France ?"
Jean-Luc Douin
SOURCE: http://www.lemonde.fr/

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